13.11.09

La plus célèbre chanson du front ( 1914-1918

La chanson de Craonne ( extrait de presse 12 août 1964)

La guerre de 1914-1918 avait son « barde », Théodore Botrel, qui chantait les exploits de la Rosalie ( la baïonnette)et exhalait les soldats à aller vaillamment se faire tuer. Mais au front, d’autres chansons avaient cours, dont les auteurs, d’authentiques combattants, exprimaient les misères et les révoltes des « poilus ». la plus célèbre était La chanson de Craonne ( qui a de nombreuses variantes :Chanson de Lorette, de Verdun, etc.) en voici le texte :

                                  I

Quand au bout de huit jours le repos terminé
On va reprendre les tranchées
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c’est bien fini on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros comm’ dans un sanglot
On dit adieux aux civelots
Même sans tambour, même sans trompette
On s’en va là-haut en baissant la tête

               Refrain

Adieu la vie, adieu l’amour
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
Nous sommes les sacrifiés

                            II

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la relève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu’un qui s’avance
C’est un officier d chasseur à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

                          III

C’est malheureux de voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’est pas la même chose,
Au lieu de s’cacher tous ces embusqués
Feraient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leurs biens, car nous n’avons rien
Nous autres les pauvres puritins
Tous les camarades sont étendus là
Pour défendre les biens de ces messieurs-là

                 Refrain final

Ceux qu’ont le pognon, ceux-là reviendront
Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini car les trouffions
Vont tous se mettr’ en grève
Vont tous se mettr’ en grève
Ce sera vote tour messieurs le gros
De monter sur l’plateau
Car si vous voulez la guerre
Payez-là de votre peau.

8 commentaires:

brigetoun a dit…

frissons assurés - le suicide des européens - la misère

Aline a dit…

Que c'est triste à lire...
Eh oui, toujours la même chose depuis des siècles et encore pour des siècles, on s'en prend toujours aux plus faibles qui n'ont rien mais à qui on prend tout, c'est-à-dire la vie, la santé... constat désespérant et pourtant comme on l'aime la vie !

Bon week-end Micheline, profitez des moments en famille, et rassure toi, mon comm précédent n'avait pas de sens caché et/ou inquiétant. Je t'embrasse.

Gilles a dit…

Je ne peux pas l'entendre, cette chanson, sans que des vagues d'émotion me submergent !
Quand je pense qu'un sous-ministre vient de déclarer que "les fusillés pourront être réhabilités, mais pas les mutins !" je frémis d'incompréhension (on les fusillait parce qu'ils étaient... mutins !) et de colère.
Je vous embrasse très fort, chère Micheline.
Gilles

Solange a dit…

Que de souffrance!

Gérard Day a dit…

Touché, touchant, tout déchu.

Cleo a dit…

Pauvres soldats! Avoir subi tout ce qu'ils ont subi pour si peu de reconnaissance! Et en plus quand on voit ce qu'on fait aujourd'hui de notre pays!
Bisous

Raphaël Zacharie de Izarra a dit…

"VERRE D'EAU"

On l'appelait ironiquement "Verre d'eau".

Auguste était un vieil ivrogne sans nom.

Hydraté dès le lever avec la pire des piquettes, la matinée se terminait invariablement dans une noyade de tonnerre et de feu, la grosse gnôle prenant vite le relais des p'tits canons...

A travers cette voluptueuse agonie de sa conscience le buveur nageait, tour à tour hilare, hébété, larmoyant, dans ce qui semblait être son véritable élément : un univers sinistre d'amnésie tranchante et de gaité frelatée.

Soixante-cinq ans que cela durait. Une existence entière vouée à l'ivrognerie la plus crasse.

L'on s'étonnait d'ailleurs que "Verre d'eau" fût encore de ce monde après cette longue vie arrosée des pisses de Bacchus.

Mais il était solide l'Auguste ! Faut-il qu'il y ait un Dieu pour les assoiffés sans fond... Il est vrai qu'il avait survécu aux tranchées de la "14". A le voir ainsi, lamentable, abreuvé d'indignité, dégueulant son ivresse, qui l'eût cru ?

Après avoir traversé l'enfer de la Grande Guerre, qu'est-ce qui aurait donc pu l'abattre ? Pour ce passé héroïque on pouvait bien lui pardonner son vice, au vieil Auguste... Son statut de vétéran le maintenait malgré tout en estime dans le coeur de ses concitoyens navrés de le voir chanter ses "gnôleries" du matin au soir.

Lui, ne parlait jamais des tranchées. Soûl à toutes heures de sa vie, comment aurait-il pu tenir une conversation cohérente sur quelque grave sujet ? Même lors des commémorations annuelles, il recevait l'accolade du maire l'haleine chargée de tous les alcools du diable... Se souvenait-il encore au moins de sa jeunesse dans la boue des combats ?

"Verre d'eau" finit par mourir dans un dernier hoquet désespéré dédié à la vigne qui, depuis l'âge de vingt-deux ans, l'avait aidé à vivre.

A oublier surtout.

Il buvait comme un trou depuis l'âge de vingt deux ans... C'était en 1918, la fin de la guerre. Celui que désormais on allait bientôt surnommer malicieusement "Verre d'eau" venait d'être démobilisé. Vingt-deux ans et déjà toute l'horreur des tranchées dans le regard.

Pauvre "Verre d'eau" ! Homme pitoyable, misérable, lamentable, mais surtout âme sensible brisée en pleine jeunesse, nul ne saura jamais son secret d'ivrogne.

On inhuma bien vite le défunt sans famille.

Nul ne sut que ce sobriquet de "Verre d'eau" sonnait aussi juste chez lui, deux syllabes lourdes comme le son du glas, sombres tel le chant fatal de l'airain...

"Verre d'eau" : des sons clairs et sereins si proches des sons de l'enfer. Des sons qui, ironie du destin, rappelaient son drame, poignant.

Car le drame de "Verre d'eau" c'était...

Verdun.

Raphaël Zacharie de IZARRA

Term Papers a dit…

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