3.12.10

En souvenir de Roussette la petite lapine disparue

                                                                   CONTE


« Ma petite lapine s’appelait Roussette, forcément, elle avait un joli pelage roux. Ses deux oreilles étaient un peu roses, et son derrière tout blanc.
Papa et tonton lui avaient fait une jolie cabane…et même un petit enclos attenant, tout au bout du champ du gros Louis en bordure d’une haie sauvage remplie de papillons. A travers les planches disjointes elle pouvait voir les fleurs des champs ou chiper un brin d’herbe verte. Elle était tout à fait heureuse là dedans.
Mais un jour que je lui apportais des pissenlits avec un peu de pain rassis, je ne la trouvai plus.. ..pourtant la porte était bien refermée …peut-être le vent…. ?? Je la cherchai partout dans les buissons, dans le champ. Quand la nuit fut venue, avec une lampe électrique, je l’ai cherchée encore longtemps.
Tout à coup il me sembla entendre un doux froufrou. Je l’appelai doucement. Rien ! mais derrière une touffe d’ortie…j’entendis comme une petite voix qui disait : reviens demain, reviens à la même heure. ..Juste à 10 heures, je n’ai qu’une petite seconde pour venir ici, là derrière la grosse taupinière.
Le lendemain, à l’heure dite j’étais là toute tremblante …rien ! Je collai mon oreille sur la terre douce et tiède ; il y eut comme un petit clic, comme une bouche qui s’ouvre et comme un petit tunnel qui s’enfonçait sous la terre. Je m’y sentis glisser, c’était tout à fait lisse, je glissais la tête en avant, il y avait comme un velours de mousse de chaque côté pour y appuyer mes mains… Devant moi filait une touffe de poils roux avec un petit derrière blanc et j’entendis un cri : je suis tombée dans le Croc-matin ! Viens ! Ce Croc-matin me fit très peur mais c’était bien Roussette qui m’appelait.
Cela dura longtemps. On contourna de grosses racines, puis des cloisons en béton, on entendait parfois des bruits de conversation, des moteurs de camions, je crois être passée sous l’autoroute… j’avais la gorge de plus en plus serrée mais je voyais le petit derrière blanc et je savais que je devais le suivre.
On arriva enfin en un grand espace circulaire. Tout autour s’alignaient des petites cases bien propres, réparties par sections.
Il y avait celle des lapins morts de mort naturelle, leurs petits nez encore tout rose faisaient semblant de respirer.
Plus loin et bien plus grande était celle des lapins morts de mort violente. Sur une épitaphe on lisait : chasseurs ayez pitié des animaux.
Puis celle des morts de la myxomatose ou d’autres maladies, mélangés avec ceux qu’on n’avait pas assez aimés où c’était mis : « Défense d’entrer. »
Alors Roussette m’a dit : j’ai parcouru des kilomètres, je suis allée aux antipodes pour chercher une sortie mais chaque fois je me retrouve près de la taupinière que tu connais, là où je t’attends. Il faut que tu m’aides à sortir d’ici Reviens demain à la même heure.
Nous avons fait tant de voyages. Nous en avons fait ainsi je ne sais combien.
Pourtant un matin au dessus du trou de la taupe il y avait une grosse touffe de poils blonds, je les ai écartés tout doucement…je savais que c’était les enfants de Roussette si petits, si petits, à peine comme un doigt de la main... j’ai attendu, attendu encore, je voulais revoir Roussette mais je l’ai jamais revue.

Je crois qu’elle attendait que je sois partie pour venir les nourrir car maintenant il y a plein de petits lapins qui gambadent dans la prairie. »

8 commentaires:

brigetoun a dit…

ai fait une pause dans les vases communicants, récompensée par ce joli conte

micheline a dit…

le schéma de ce conte, retrouvé dans mes papiers, repose sur une histoire vraie...tout au moins en partie.

Air fou a dit…

Et moi qui la trouve bien triste...

N'enferme-t-on pas selon des critères anthropocentriques comme nous libérons aussi? Peut-être?

Bon jour, Mimi!

Zed ¦D

micheline a dit…

Air Fou
Pourquoi trouves-tu mon conte triste ??comme tous les contes il ressemble à la vie qui est à la fois cruelle et merveilleuse…et puisque à la fin , de nouveaux petits lapins gambadent dans la prairie et ne sont pas apparemment enfermés

Air fou a dit…

Pas de maman, pas de papa, abandonnés par une maman qui ne plus te voir, troooooooop triste pour moi.

Désolée, Mimi, quand il s'agit des animaux j'ai facilement le cœur en miettes.

Enfermée fut la maman, par des humains, si j'ai bien compris, qui avaient oublié qu'un lapin ça creuse. Parce qu'ils pensaient en humains.

Quand j'étais petite, mon père avait attrapé un petit tamia rayé et l'avait enfermé temporairement dans une valise en bois. Le reste est facile à deviner! Un tamia, c'est vraiment fait pour rester sauvage dans la foret.

Zed ¦D xoxox

Solange a dit…

C'est un joli conte, les enfants aiment les histoires d'animaux.

micheline a dit…

Air Fou,
l'histoire vraie n'est pas tout à fait comme tu l'imagines.Roussette ne s'est pas échappée.abandonnant ses enfants En réalité on l'avait sortie de son enclos pour la mettre dans petit parc grillagé sans toiture un peu plus loin où il y avait de la bonne herbe.Un chien est passé par là et l'a tuée.Nous l'avons cachée à l'enfant. Dans la nature ç'aurait pu être un renard!
les animaux, il y ceux qui vivent à l'état sauvage à leurs risques et périls mais libres et les animaux de compagnie dits domestiques (ou d'élevage.)il y a des lapins domestiques et des lapins de garenne comme il y a des chats sauvages et des chats de compagnie.
pour finir mon histoire: il n'y a pas encore très longtemps , en me levant le matin sans faire de bruit je pouvais voir à la camagne, plusieurs petits garennes sur notre terrasse juste devant la porte.Cette année on a encore aperçu au loin contre la haie deux petites oreilles de garenne.ça devient un évènement! cherchez pourquoi!!.
Plus d'hirondelles non plus qui venaient au printemps nicher au sous sol

Air fou a dit…

Plus d'hirondelles non plus à ma campagne alors que nous en étions envahis.

Ce printemps, j'ai vu de magnifiques et tout petits papillons bleue crois pas avoir jamais vu ça avant à Montréal. Et quelques sauterelles et des papillons jaunes pâles de mon enfance. Se pourrait-il que nous soyons légèrement dérangés...

Zed Bonne journée Mimi!
xoxox