11.8.11

texte d'emprunt : les mots qui sont un luxe



j'ai eu envie de mettre ici  ce texte qui m'a particulièrement touchée; transmis par   brigetoun que je prie d'excuser la liberté que je prends et que vous pouvez retrouver à:

http://brigetoun.wordpress.com/2011/08/09/les-mots-qui-sont-un-luxe/


Les mots qui sont un luxe


Paris, septembre 1977

« Ma petite maman,

…........

…........

… ce n'est pas ce dont parle quelqu'un qui est intéressant, mais ce qu'il est, ce dont il parle n'étant que le moyen : et c'est pour cela que, pour ma part, ce n'est pas la « hauteur de conversation » de quelqu'un qui peut m'intéresser (et une discussion philosophique pet être moins intéressante que toute une soirée passée à parler de rien, selon qui parle.) Ceci est un aspect ; le second, c'est que je ne tiens pas ce que tu appelles (à tort) le « sexe » dans le même mépris (plus ou moins conscient) que toi ; tu es héritière de toute une tradition judéo-chrétienne qui s'est arrangée pour faire cette séparation entre « la chair » et « l'esprit », séparation totalement artificielle, monstrueuse, qui a fait plus de mal que de bien. Aimer quelqu'un « par la chair » est une manière d'aimer, ou de parler, qui en vaut une autre, ni mieux ni pire, mais en réalité qui a sa place à certains moments, comme à d'autres moments il faut parler, mais irremplaçable et qui a sa fonction propre. Pour en revenir à mon personnage, la question est de savoir s'il a d'autres moyens que celui-là d'avoir un rapport d'amour avec les autres ; pendant toute la durée du texte, précisément, il explique pourquoi tous les autres moyens lui ont été ôtés ; il y a un degré de misère (sociale ou morale, ou tout ce que tu veux) où le langage ne sert plus à rien, où la faculté de s'expliquer par les mots (qui est un luxe donné aux riches par l'éducation, et voilà le fond de la question) n'existe plus. Or, (crois-moi sur parole) il y a parfois un degré de connaissance, de tendresse, d'a mour, de compréhension, de solidarité, etc. qui est atteint en une nuit, entre deux inconnus, supérieur à celui que parfois deux êtres en une vie ne peuvent atteindre ; ce mystère là mérite bien qu'on ne méprise aucun moyen d'expression dont on est témoin, mais que l'on passe au contraire son temps à tenter de les comprendre tous, pour ne pas risquer de passer à côté de choses essentielles. »

Bernard-Marie Koltès - « lettres »

2 commentaires:

brigetoun a dit…

merci, je te conseille donc les lettres de BernardMarie Koltès (Editions de Minuit)

Solange a dit…

Il a tout à fait raison, parfois une simple phrase bien placée est plus intéressante que tout un exposé.