29.6.10

nos retraites en question

désirée, redoutée,imposée, différée par décret ?...

 En triant mes papiers j'ai retrouvé ceci:


    "Aussi, quand ma retraite arrive je suis tout à fait contente, soulagée qu’elle arrive.

Je n’en fais pas une perspective de fin du monde. Je ne suis guère non plus pour ces cérémonies à grand spectacle où l’on enterre une carrière de bons et loyaux services à grand renfort de congratulations destinées à faire oublier une cassure redoutable. Je serais bien partie sur la pointe des pieds.

Mais ce n’est pas l’usage. Il n’y a que les sauvages, les asociaux qui font cela et comme je suis toujours restée une petite-fille un peu lâche devant les appareils des grandes personnes, j’aurai comme tout le monde, ma fête. En deux parties même. La première à l’établissement avec le personnel au grand complet, le vin, les gâteaux, les cadeaux, et le toujours-très-remarqué-discours de Monsieur F., grand maître es humour et sensibilité.

Comment peut-on être à la fois, ironique et tendre, précieux, cultivé, sans se prendre au sérieux ? On le coupe, on le siffle, ce n’est pas un discours, mais une sorte de récréation de potaches, qui se termine pourtant dans le silence et quelque humidité aux yeux. Merci Monsieur F., un des rares collègues de mon âge que je ne tutoie pas, et qui ne me tutoie pas non plus. Un court instant, j’ai pu croire que je n’avais pas démérité, qu’on m’avait estimée et aimée. Est-il donc vrai que j’ai réussi à donner de change, à tirer un voile sur mes insuffisances, les meurtrissures de mes espoirs bafoués, la torture de me sentir vide, épuisée, devant la vivacité intellectuelle de mes collègues.

Les plus intimes, les moins empêchés, viendront jusque dans ma campagne réitérer des adieux chaleureux.
Ils viennent par les routes ruisselantes, un certain jour de la fin de juin, noyé de pluies insistantes.
Le repas, un couscous monstre a été cuisiné par la maman de Monsieur K., notre surveillant général, qui l’a apporté tout prêt. On le réchauffe. Les jeunes le complètent par quelques grillades au feu de bois, dehors sous la pluie ! Moi je suis interdite de tout souci :
- C'est votre fête madame L., dit K. qui se dépense sans compter.

P., C., P. l’aident. Les rires fusent, les conversations s’animent et parviennent à me donner l’impression que je suis importante, que c’est vraiment ma fête. Ils ont, tous ensemble, réussi à gommer mon appréhension de l’artificiel, du convenu de ces sortes de cérémonies. Cela fait du bien de douter un peu de son insignifiance et l’espace d’un moment j’oublie la mienne"

3 commentaires:

brigetoun a dit…

un beau moment (surtout quand une petite fête est organisée pas secrétaires à part, parce que l'autre cadre partant en retraite n'est pas aussi regretté, petite bouffée d'ego content) même si prise parce forces perdues - mais ensuite l'humiliation de se payer une petite dépression, comme si on n'était pas capable de vivre sans béquille travail

Air fou a dit…

J'aimerais beaucoup que la Terre soit peuplée d'« insuffisants » comme toi! Elle regorgerait de trésors et de curiosité scientifique, de savoirs de toutes sortes.

Savoir? N'est jamais suffisant, jamais fini, jamais assez de plusieurs vies pour ce faire.

Il ne faut pas confondre la personne avec le fait qu'il lui est, comme à toutes autres, impossible de tout savoir. Et d'aimer en même temps, aimer partager ce qu'elle sait, toujours en questionnant.

Mais je comprends.Éducation de fille? Pourquoi tant de femmes se sentent toujours insuffisantes, moi incluse! Ça suffit! :D

Par contre, mieux vaut avoir un air insuffisant et curieux que désabusé et suffisant. Consolons-nous, petite sœur!

Zed xoxox

Solange a dit…

C'est bon de savoir qu'on a été apprécié et vous avez su la rendre intéressante cette retraite.