extrait de mon journal...
7 décembre 1991.
La dérive des sentiments.
Claude Simon . (lire Yves Simon) merci à Jean Claude Lejeune qui m'a signalé cette erreur
................ce bouquin, avalé en deux jours.
Ravie à mon quotidien par cette surprenante jonglerie de mots…de mots traqués, débusqués, dans l’interstice desquels se glisse l’indicible, le malaise de nos destins inexpliqués, la mouvance des êtres désassemblés, en quête de…petits télescopages de lumière…la dérive des sentiments…oui comme un océan où flottent des algues vivantes et perverses, où prolifère l’humain dans un foisonnement de contradictions.
Nous ne connaissons que des apparences,…des visages, et rien du dedans, l’inconnaissable. Nous dérivons sans savoir. L’homme comme un fétu, ne donne à voir que vaguelettes sitôt évanouies. Mon fils et ses dérives, que je cherche, que je renie et combats, et que j’aime.
Des études qui resurgissent d’on ne sait où …du hasard, de la chance, a-t-il dit, de pouvoir recharger la charrette abandonnée, comme s’il y avait des cités à reconstruire un peu plus loin, sans y croire vraiment.
Et mon agacement de l’entre deux, de l’entre deux désirs : celui d’être soi-même et celui d’être un autre…et remâchée cette bouillie des désirs inachevés. On voudrait des certitudes et il n’y a que le doute. Du repos et il n’y a que du mouvant.
Tout cet effort énigmatique qui grince à chaque feuillet du lire…à chaque glissement de mots malades de leurs vieux participes du temps des écoles. Il est bien tard et le temps ne fait rien à l’affaire et l’on se prend quand même à croire le contraire. Un petit gène griffu rigole au long des jours. Je me rends, je l’entends. Je vais dormir. Il est bon de dormir. Il a fatigué ma peine. Arrête. Qu’on arrête la vrillante musique qui chauffe l’atmosphère.
Il faudrait dormir sur les rêves qui naissent sur les vents, qui dorment sur les vents et se réveillent à l’aube, tout remplis d’extravagants mensonges, d’urgences bienveillantes. Le soleil vient, qui malmène les grèves, chatouille leur mutisme, leurs sournoises stratégies. Une parcelle d’or va muter le vil plomb.
Mon fils indéfini, emplis mon devenir.
Non, rien que l’attente de pouvoir enfin finir.
Finir en replaçant dans l’armoire aux souvenirs le linge repassé et qui n’est pas usé. Plier et regarder. Regarder le point de croix comme faisait ma mère, au coin de nos torchons qui peuvent encore servir. Toucher la pile, y enclore la lavande en ses allégories…car c’est cela vieillir en paix, ne plus compter les heures, les perdre en regardant se lustrer les souvenirs. Sauvegarder la poussière qui dort au creux des draps. Savoir que tout n’est rien et que la porte est close.
Sauf pour ceux qui vont venir dans l’univers des choses, en l’enfer doucereux de ce que l’on a à faire, quand la griffure du sang vous bondit au visage…et qui charrie des âges l’ignoble apothéose de tous ceux qui vécurent avant nous pour offrir leur butin.
Frères humains qui après nous vivrez, délivrez-nous de la chaîne sans fin des énigmes qui barrent nos chemins