26.5.09

Petit conte en forme de devinette

Fleur des champs

Elle était née un jour dans une grande prairie. Elle n’était pas laide du tout, pas d’une grande beauté non plus, pas avec ce teint de transparence qu’on voit à la chair des roses dans la première lueur du matin. Entourée de hautes herbes vigoureuses, solidement ancrée dans la terre nourricière par une longue racine, elle n’était pas fragile non plus.

Elle regrettait seulement de ne pouvoir voyager, mais l’hirondelle qui venait d’arriver lui dit que les transports étaient très fatigants, souvent dangereux et qu’il fallait toujours revenir au même endroit. Elle aurait bien voulu savoir chanter comme le vent, mais le grillon lui dit qu’il apportait la pluie, arrachait parfois les grands arbres et décoiffait les petites filles. Elle aurait bien voulu épouser le coquelicot, mais il n’était pas de son monde; fier et éphémère il disparut sitôt venu.

De tout petits moucherons venaient parfois danser autour de sa corolle, cela la distrayait un instant ; leurs arabesques étaient si jolies ! Un jour un gros bourdon doré vint lui rendre visite, riche et somptueux, mais quel fardeau pour son mince pétiole ! Elle fit ce qu’elle put pour ne pas se courber dangereusement.
Pourquoi n’était-elle pas opulente comme le gros pissenlit qu’il lui préféra ? . Soudain un joli papillon la frôla d’un geste amoureux. Quel bonheur ! Quelle délicatesse que ses pattes de velours ! Elle lui offrit un peu de son pollen.

Quand il eût bien pillé son nectar, ses réserves d’eau et de miel, il s’en alla sans un adieu.

7 commentaires:

jean-claude a dit…

L'interconnexion expliquée par l'image poétique. Super! Quand au bourdon, les dames vont dire, c'est bien un mâle...

brigetoun a dit…

que c'est bien écrit !et elle, elle se remit à fabriquer nectar ou s'y essaya

Pralinette a dit…

C'est joliment écrit Micheline ! je ne sais pas de quelle fleur il s'agit (la marguerite je tente ?) mais en tout cas quelle poésie !

(Pour Jean-Claude.... je ris à ta réflexion, y'a du vrai dans celle-ci.... mais le joli papillon gracieux et léger c'est aussi un mâle ! alors...)

micheline a dit…

Banco pour Pralinette, j'avais en effet pensé à la grande marguerite des champs
mais côté sexisme quel est celui dont se méfier le plus? celui qui écrase et méprise ou celui qui papillonne à son aise et abandonne sans aucun scrupule?.
oui Brigetoun, "elle" se remit à fabriquer du nectar ou s'y essaya, condition bien féminine ?
ou ne s'y laissa plus prendre?

Petite Boussole a dit…

Objection Mesdames,

Les fleurs ne sont pas des victimes naïves de l'égoïsme des mâles, savez vous que certaines orchidées se déguisent en femelles d'insectes afin d'attirer les mâles des espèces correspondantes qui se posent en espérant avoir trouvé la compagne idéale et qui repartent, déçus, tout en emportant le pollen qui servira à féconder une autre mystificatrice, sans aucune contrepartie pour les insectes trompés ... Ces orchidées poussent la malice et l'efficacité jusqu'à émettre les mêmes phéromones que les femelles d'insectes dont elles usurpent les apparences.

Solange a dit…

Elle est bien jolie votre histoire, cette pauvre petite fleur n'est pas seule dans son cas.

micheline a dit…

Petite Boussole,
ton information de spécialiste laisse fort à penser:
par quel mystère l'orchidée a-t-elle truqué(adapté) son apparence pour assurer au mieux la pérénité de son espèce?
hasard d'une mutation efficace ?
mariage d'un gène( le sien) avec un gène de proximité(celui de l'insecte visiteur)
Cela me fait penser au processus de mimétisme de certains insectes qui adoptent une forme végétale pour se protéger des prédateurs
Et qu'en est-il du Darwinisme en question?
Et de l'homme manipulateur de gènes?